Une belle balade de fin d'été nous a conduits vers la Touraine toute proche. Entre Richelieu et Chinon,  dans le département d'Indre et Loire,  une fléche élancée de la chapelle qui surplombe le village, une entrée monumentale qui s'ouvre sur une perspectivé de pelouses impeccables, nous laissent imaginer que de belles choses se cachent derrière les hauts murs de pierres blanches.

château de champigny-sur-Veude

Cette propriété est privée et a connu bien des viscissitudes au cours des siècles. Elle mérite de l'intérêt, d'autant plus que ses nouveaux propriétaires, américains, lui redonnent vie. 

Lorsqu'ils ne sont pas présents, ils autorisent les visites que le régisseur et sa femme accompagnent avec beaucoup d'enthousiasme.

Passés les hauts murs qui protègent des regards extérieurs, on découvre un vaste domaine.

A notre droite le "château" , à notre gauche la chapelle, au fond des bâtiments qui se révèleront avoir été un haras et devant nous un immense espace qui porte interrogation.

 

Ce beau bâtiment blanc que l'on désigne maintenant  comme le château n'est en fait que le portail d'entrée et les écuries de ce qu' était le château des Bourbon-Montpensier  qui s'élevait il y a trois siècles dans cet immense espace vide.

Sur cette image (du Net), on réalise mieux l'organisation de l'espace. Le château s'étalait dans la prairie tout en bas à droite. L'entrée, toujours accessible de la rue lui faisait face.

Image supprimée à la demande de l'auteur

De ce château, il ne reste que des croquis. Ils suffisent à nous convaincre de la beauté  des lieux à l'époque de sa gloire.

 

La magnificence de cet édifice est la cause même  de sa destruction. En effet, le cardinal de Richelieu ayant décidé de se faire construire, sur ses terres voisines, un château digne de son nom, trouvait que le chateau de ses proches voisins (6km séparent les deux domaines),les Bourbon Montpensier lui faisait de l'ombre. 

Quand on s'appelle Richelieu, les moyens d'obtenir ce que l'on veut sont infiniment simples. Il suffit de décider de la confiscation des biens, de les détruire pierre à pierre et enfin, en 1635, de les réutiliser pour son propre château. Facile, non?

La Chapelle échappa à la destruction grace à l'intervention de l'évêque puis du pape Urbain VIII. Le cardinal n'osa pas affronter le pape et nous pouvons encore admirer cette petite merveille.

Comment en est-on arrivé là? Un peu d'histoire pour mieux comprendre

C'est dès le XIème siècle qu'une forteresse est érigée sur ces terres par le comte d'Anjou. Charles VII y séjourna plusieurs fois en 1429. Elle passe de main en main pour arriver, au XVIème siècle, dans la famille de Louis II Bourbon, duc de Montpensier. Des travaux d'embellissement sont entrepris, une chapelle dédiée à Saint Louis, une collégiale et des communs sont édifiés entre 1507 et 1543. 

On est ici à proximite de la vallée de la Loire et de ses nombreux châteaux royaux. C'est probablement dans cette proximité qu'il faut chercher l'origine de cet engouement des nobles familles à se faire construire de si impisants châteaux.

chapelle saint Louis de Champigny-sur-Veude

Richelieu, décidant de construire sur ses terres  un château correspondant à son rang. Il s'adresse pour cela à l'architecte royal Jacques Lemercier (qui  venait de construire la Sorbonne et le Palais Royal). Le modeste manoir familial devient ainsi un des plus beaux châteaux d'Europe, se plaçant en précuseur de Versailles et de Vaux le Vicomte. Des appartements y étaient même réservés au Roi et de la Reine lors de leurs visites.

Mais, jaloux de la richesse des Bourbon Montpensier ses voisins, et trouvant que leur château faisait de l'ombre au sien, il s'en rendit propriétaire avec un acte d'échange douteux, conlu avec Gaston d'Orléans, frère du roi Louis XIII.

Désormais propriétaire, Richelieu le fit démolir et réemploya les éléments de décor dans son propre château. Cela ne lui porta pas vraiment chance car son propre château de Richelieu subit à peu près  le même sort lors de la Révolution. Il fut démonté.. et vendu pierre à pierre.

Ne dit-on pas "Bien mal acquis ne profite jamais "?

 Il ne reste rien du château de Richelieu à part une orangeraie, un pavillon et une belle roseraie agréablement fleurie au printemps.

Les descendants de Gaston d'Orléans n'eurent de cesse de récupérer le domaine. C'est finalement en 1656 que le Parlement de Paris en fit la restitution   à la fille de Gaston d'Orléans , Anne Marie Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, petite fille de HenriIV et cousine de Louis XIV que l'on connait sous le nom de "La Grande Mademoiselle."

Elle portait ce surnom, non pas qu'elle fut grande mais parce que son père était le frère ainé du roi dit" le Grand Monsieur" pour le dis in guerre de son frère  cadet, le "Petit Monsieur". Elle dispose alors tu d'une fortune considérable, héritée de sa mère, seule héritière d'une des branches Bourbon et morte à sa naissance.

Elle consacra une partie de sa fortune à redonner un peu de lustre à ce domaine. C'est elle qui transforma les écuries de l'aile Ouest pour les transformer en un lieu de vie agréable. Les plafonds ont été supprimés pour donner de la hauteur aux salles de réception. Un bel escalier monumental en pierre blanche a été construit pour conduire aux chambres. Des cheminées ont été installées. De grands fenêtres ont été ouvertes sur toutes les facades apportant des flots de  lumière. L'organisation des pièces est restée inchangée jusqu'à aujourd'hui.

Madame Carl l'aménage avec goût. Vous n'en verrez pas de photos car prendre des photos d'intérieur me semble un peu violer l'intimité des familles qui y habitent.

 

Le domaine n'en avait néanmoins pas terminé avec les lubies de ses propriétaires. Racheté comme 11 autres châteaux français par le magnat de l'immobiler japonais, la société Nippon Sangyoo, il a été totalement dépouillé de ses boiseries et de ses tapisseries et a, de justesse , échappé à un nouveau démantèlement. Le japonais ayant projet de démonter les vitraux de la chapelle pour les réinstaller au Japon. 

Les nouveaux propriétaires américains, Bernard et Joan Carl ont acheté le château en 2000. Lui, éminent juriste de Washington , elle, chef d'une entreprise française, la société de linge de luxe Portault , sont des américains inconditionnels de la France. 

Joan Carl  reçut le grade de chevalier de la Légion d'honneur en 2010 des mains de l'ambassadeur de France

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Le mariage de leur fille avec un sud africain, s'y est déroulé en août dernier. Les drapeaux américain, européen  et sud africain flottent toujours au dessus du mur de façade. La chapelle était à cette occasion décorée de dizaines d'orchidées blanches pour un décor immaculé et très élégant.Nous en avons profitété pendant notre visite.

    

Souvents présents, les propriétaires participent  chaque à année à la vie du village comme le traditionnel concours du meilleur melon dont Joan Carl est une juge averti.

 

 

 

 

 

 

 

L'entretien du château est particulièrement soigné. Les 15 hectares du parc sont entretenus avec soin, les pelouses parfaitement tondues et  les massifs de dahlias blancs  méritent une mention particulière. Ils sont, en ce début d'automne, magnifiquement frais et fleuris malgré la sécheresse de l'été. Le régisseur du château en tire fierté et assure les arroser tous les jours.

Espèrons que ce château trouve du répit dans ses vicissitudes et que ses nouveaux propriétaires gardent longtemps leur amour pour la France et Champigny

La Touraine est verdoyante et invite à des pauses agréable scomme ici, autour de ce bel étang au coeur du village ou promeneurs, pêcheurs et enfants se cotoyent joyeusement.

 

Dans un prochain billet, je vous ouvrirai la porte de la Chapelle saint-Louis. on lévera la tête et on s'émerveillera.

 

A venir également d'autres balades en Touraine: le château de Richelieu et le château du Rivau

Bonnes et belles balades

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