Entre les châteaux cathares de Quéribus et de Peyrepertuse, le nom charmant d' un petit village nous replonge dans les  contes de notre enfance : Cucugnan.

Son nom a une consonance amusante et c'est probablement pour cela qu'il est passé dans l'histoire bien qu'il ne s'y soit probablement jamais rien passé. Mais, avant de parler d'Alphonse Daudet et de ses" Lettres de mon moulin", je vous invite à me suivre dans ce charmant village.

Le moulin de Cucugnan

C'est par son moulin au sommet de la colline  que commence la visite du village. La première halte est pour la boulangerie du moulin qui propose de délicieux biscuits et croquants aux saveurs méditerranéennes. Bien sûr, je me laisse tenter!

Pour céder à la tentation leur site commercial est là farinesdemeule.com

Poursuivons vers les ruelles hautes du village d'où on peut admirer cette vue, magnifique du clocher avec, au fond, le château de Queribus. Et regardez ce ciel bleu. Cela fait un bien fou. Ce que vous ne sentez pas, c'est le vent, omniprésent dans la région et ça, je n'aime pas, mais alors pas du tout!

Le clocher de Cucugnan et le château de Quéribus

 

 

L'église de Cucugnan

En arrivant à l'église, il est temps de se remémorer l'histoire narrée par Alphonse Daudet. C'est un plongeon délicieux dans les histoires de notre enfance, dans ces films noir et blanc qui n'ont pas d'âge et traversent le temps avec à peine une petite ride...

Juste pour le plaisir voici la version de Marcel Pagnol...

Le curé de Cucugnan vu par Pagnol

Et puis, le texte écrit par Alphonse Daudet

L’abbé Martin était curé… de Cucugnan.

Bon comme le pain, franc comme l’or, il aimait paternellement ses Cucugnanais ; pour lui, son Cucugnan aurait été le paradis sur terre, si les Cucugnanais lui avaient donné un peu plus de satisfaction. Mais, hélas ! les araignées filaient dans son confessionnal, et, le beau jour de Pâques, les hosties restaient au fond de son saint-ciboire. Le bon prêtre en avait le cœur meurtri, et toujours il demandait à Dieu la grâce de ne pas mourir avant d’avoir ramené au bercail son troupeau dispersé.

Or, vous allez voir que Dieu l’entendit.

Un dimanche, après l’Évangile, M. Martin monta en chaire.

— Mes frères, dit-il, vous me croirez si vous voulez : l’autre nuit, je me suis trouvé, moi misérable pécheur, à la porte du paradis.

« Je frappai : saint Pierre m’ouvrit !

« — Tiens ! c’est vous, mon brave monsieur Martin, me fit-il ; quel bon vent…? et qu’y a-t-il pour votre service ?

« — Beau saint Pierre, vous qui tenez le grand livre et la clef, pourriez-vous me dire, si je ne suis pas trop curieux, combien vous avez de Cucugnanais en paradis ?

« — Je n’ai rien à vous refuser, monsieur Martin ; asseyez-vous, nous allons voir la chose ensemble.

« Et saint Pierre prit son gros livre, l’ouvrit, mit ses besicles :

« — Voyons un peu : Cucugnan, disons-nous. Cu… Cu… Cucugnan. Nous y sommes. Cucugnan… Mon brave monsieur Martin, la page est toute blanche. Pas une âme… Pas plus de Cucugnanais que d’arêtes dans une dinde.

« — Comment ! Personne de Cucugnan ici ? Personne ? Ce n’est pas possible ! Regardez mieux…

« — Personne, saint homme. Regardez vous-même, si vous croyez que je plaisante.

« Moi, pécaïre ! je frappais des pieds, et, les mains jointes, je criais miséricorde. Alors, saint Pierre :

« — Croyez-moi, monsieur Martin, il ne faut pas ainsi vous mettre le cœur à l’envers, car vous pourriez en avoir quelque mauvais coup de sang. Ce n’est pas votre faute, après tout. Vos Cucugnanais, voyez-vous, doivent faire à coup sûr leur petite quarantaine en purgatoire.

« — Ah ! par charité, grand saint Pierre ! faites que je puisse au moins les voir et les consoler.

« — Volontiers, mon ami… Tenez, chaussez vite ces sandales, car les chemins ne sont pas beaux de reste… Voilà qui est bien… Maintenant, cheminez droit devant vous. Voyez vous là-bas, au fond, en tournant ? Vous trouverez une porte d’argent toute constellée de croix noires… à main droite… Vous frapperez, on vous ouvrira… Adessias ! Tenez-vous sain et gaillardet.

« Et je cheminai… je cheminai ! Quelle battue ! j’ai la chair de poule, rien que d’y songer. Un petit sentier, plein de ronces, d’escarboucles qui luisaient et de serpents qui sifflaient, m’amena jusqu’à la porte d’argent.

« — Pan ! pan !

« — Qui frappe ! me fait une voix rauque et dolente.

« — Le curé de Cucugnan.

« — De…?

« — De Cucugnan.

« — Ah !… Entrez.

« J’entrai. Un grand bel ange, avec des ailes sombres comme la nuit, avec une robe resplendissante comme le jour, avec une clef de diamant pendue à sa ceinture, écrivait, cra-cra, dans un grand livre plus gros que celui de saint Pierre…

« — Finalement, que voulez-vous et que demandez-vous ? dit l’ange.

« — Bel ange de Dieu, je veux savoir, — je suis bien curieux peut-être, — si vous avez ici les Cucugnanais....

 

la suite... vous la trouverez  sur Wikisource en suivant ce lien :  ICI

Une histoire vraie, une fable moralisatrice, une légende?

Alphonse Daudet a-t-il fait ce que l'on nommerait aujourd'hui un plagiat, comme ceux que je tentais toujours de débusquer dans les travaux de mes étudiants? Probablement, mais sans lui, sans sa verve, sans son écriture chantante et vivante, cette fable ne serait pas venue jusqu'à nous, alors oublions le plagiat et prenons plaisir à le lire et le relire.

L'histoire probable

On connait plusieurs versions du "curé de Cucugnan" , toutes issues d'un conte populaire de tradition orale des Corbières dans l'Aude. Le premier qui en fit le récit écrit fût un narbonnais, Hercule Birat qui écrit Le sermon du père Bourras vers 1855.

Quelques années plus tard, le juge Blanchot de Brenas rapporte l'histoire qu'il a entendue au cours d'un voyage dans l'Aude et pour que l'on n'identifie pas les personnes, il situe l'action à Cucugnan dont le nom lui parait pouvoir attirer le lecteur (action maketing réussie dirait un ancien professeur de marketing...)

D'autres versions vont suivre, celles de Joseph Roumanille, et de Achille Mir (la plus proche du conte et dont s'inspira Alphonse Daudet).

On trouve des fables moralisantes dans d'autres régions et pays comme en Italie. Le thème en est toujours le même:

  •  Le curé trouvant que ses ouailles ne sont pas suffisamment assidues dans leur pratique religieuse, les sermone. Il leur dit avoir fait le mauvais rêve qu'à son arrivée près de Saint Pierre, il n'en a trouvé aucun au paradis, aucun au purgatoire mais tous en enfer. Il espère ainsi les voir se ressaisir et retrouver le chemin salvateur de l'église.

C'est le ton humoristique et léger qui en fait tout le charme et probablement très efficace.

Le village dispose d'hôtels, de restaurants, de chambre d'hôtes  qui en font un bon point de départ de nombreuses visites dans le Fenouillèdes.

Vues du village de Cucugnan
Vues du village de Cucugnan
Vues du village de Cucugnan
Vues du village de Cucugnan

Vues du village de Cucugnan

Le soir arrive et la route du retour est longue, il est temps de repartir, non sans un dernier regard vers le château de Peyrepertuse qui se profile au loin.

Le moulin de Cucugnan et au loin les ruines de Peyrepertuse

A très bientôt pour la suite de nos découvertes catalanes, magnifiques, insignifiantes, surprenantes, émouvantes mais toujours comme une belle parenthèse dans la vie de tous les jours 

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