Continuons notre promenade après la découverte du petit ermitage de St Ferréol. La route serpente sur les pentes du Mont Canigou parmi les chênes-liège et arrive bientôt à un petit village où nous décidons de nous arrêter pour visiter son église du XIème siècle.

Llauro  "là où il y a de l'or" tire peut-être son nom d'un site aurifère des pentes du Mont Canigou. 

Lauro

Les ruelles pentues sont bordées de maisons de pierres aux couleurs dorées et aux toitures orangées, joliment assorties aux verts tendres de la végétation opulente en cette fin de printemps. 

Lauro

Les ruelles anciennes sont émaillées de petits témoignages du passé qui enjolivent des façades souvent austères. 

Llauro

 

 

L'église date du XIème. Construite avec une seule nef, elle a probablement été fortifiée par la suite. 

Si ce village est intéressant au même titre que bien d'autres villages catalans de moyenne montagne, il me semble que son passé est bien plus passionnant que ses vieilles pierres semblent le raconter. Quelques recherches me le confirment. Et c'est passionnant.

C'est de son passé de village "bouchonnier" dont j'ai envie de parler.

Le chêne-liège est omniprésent dans le massif des Aspres. Il y trouve les conditions idéales de croissance et sa production d'écorce de liège est excellente.

Llauro a été depuis le début du XIXème siècle un centre essentiel de la production de bouchons pour la France. En 1876 on comptait 20 ateliers de bouchonniers.

Les espagnols, maîtres dans la fabrication des bouchons, ont contribué au développement de l'activité bouchonnière. Ils furent nombreux à venir, chaque saison d'été, chercher ici des conditions meilleures qu'en Espagne.

Le passage de Dom Pérignon

Sur le chemin de Compostelle, Dom Perignon qui, dit-on, a découvert la méthode pour transformer le vin tranquille en champahne, observa des moines fabricant des bouchons de liège. Il fut séduit par ces bouchons qui allaient permettre à sa toute nouvelle découverte , le champagne, de se transformer dans des bouteilles parfaitement hermétiques.*

La fabrication des bouchons requiert de multiples opérations pour parvenir à un bouchon parfait.

  • L'arbre d'abord doit atteindre 40 ans avant d'être démasclé (prélever l'écorce) pour la première fois, puis un intervalle d'une dizaine d'années doit être respecté entre deux levées. Le bon aspect de l'arbre est qu'il peut vivre plusieurs centaines d'années! 

  • La technique est précise pour ne pas blesser l'arbre et lui permettre de reconstituer son écorce.

  • Les plaques de liège sont très dures, il va falloir les faire sécher puis les faire bouillir pour les assouplir. pour les travailler. puis intervient la découpe en bandes puis en carrés dans lesquels seront taillés les bouchons.
  • Viendront ensuite les différentes étapes qui donneront sa forme finale. Ce sont des actions précises souvent réalisé par les femmes. Leur salaire était la moitié de celui des hommes car disait-on à l'époque, elle ne faisaient pas de tâches de force physique comme les hommes.
  • Restent encore de nombreuses étapes : le rognage, le ponçage, le chanfrein, le lavage, le marquage, le séchage, le paraffinage.  Le bouchon de champagne étant le plus complexe et le plus long à réaliser.

L'activité était florissante.

Les ateliers avaient tous choisi de produire des bouchons de qualité. un seul atelier pouvait fournir près de 6 millions de bouchons par an. La maison Carrat avait pour client Les vins Patriarche qui passaient commande de 500 000 bouchons à la fois. Les vins d'Arbois Henri Maire demandaient une qualité parfaite.La production est entièrement manuelle et emploie beaucoup d'ouvriers. Enfin, je devrait dire employait car, il ne reste aucun bouchonnier à Llauro.

Le déclin de l'activité bouchonnière

 L'industrialisation a eu raison des petits ateliers de montagne. les commandes trop importantes et le manque de main d'oeuvre, les camions qui peinaient à venir prendre livraison des commandes,

La concurrence désormais portugaise et celle des bouchons plastique ou agglomérés sont autant de raisons qui ont conduit cette activité à disparaître et avec elle toute la vie d'un village.

Certains se battent pour entretenir la forêt de chênes-liège. ils ont raison, ne serait-ce que pour éviter les incendies ravageurs et qui sait, un jour ou l'autre un bouchonnier ré-exploitera-t-il le savoir faire de la région.

Après ce petit village intéressant , nous poursuivrons vers Castelnou, non moins inteéressant.

 

Si vous avez envie d'en savoir plus sur cette histoire locale un site parfaitement documenté vous fera partager le vie de ce village à travers les récits de ses habitants. C'est ICI.(autre lien en bas de page)

* Le Figaro affirme que Dom Perignon n'a pas découvert la méthode champenoise car il ne disposait pas de bouchons hermétiques. Qui dit vrai? 

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