Après un arrêt agréable à Corsavy dont j'ai parlé  ICI et  LA , nous poursuivons la route vers la Tour de Batère (j'en ai parlé LA) La route est belle. Elle s'élève dans la forêt par de larges lacets.Tiens, notre troupeau de moutons fraîchement tondus est encore là, nonchalant.

Plus loin la route devient étroite et sinueuse. Le paysage vallonné est très boisé et discrètement fleuri, Nous ne dépassons que quelques rares mas disséminés dans la végétation. Au mas de la Cazette on peut acheter d'excellents fromages de brebis (ceux que nous suivons pas à pas...) et un brousse délicieux.

Puis, soudain, une tache grisâtre interpelle dans ce paysage agricole harmonieux de moyenne montagne. 

En approchant on découvre un bâtiment métallique, rouillé, désaffecté et ouvert à tous vents. Il s'agit de l'un des nombreux vestiges des mines de fer du Canigou. C'est un ancien bâtiment d'hébergement des ouvriers mineurs qui a été construit ici au plus près de l'entrée de la mine. D'autres bâtiments tout aussi délabrés jalonnent la route.

L'entrée de la mine se perd dans la végétation. L'eau qui coule dans le ruisseau tout à côté est teintée de rouge-brun par la forte teneur en fer du sol.  "Ferrugineuse" aurait dit Bourvil dans son sketch.

De l'autre côté de la route un tas de scories a été abandonné là comme un autre témoin du passé minier de toute la région. Nous ramassons des pierres pailletées de noir qui scintillent dans les rayons du soleil. Je ne pensais pas que les roches contenant du minerai de fer comme l'hématite ou la sidérite étaient aussi jolies.

 

En savoir plus sur les mines du Canigou

  • Le Mont Canigou est connu depuis l'Antiquité pour ses gisements de fer mais, c'est vers l'an 100 avant JC que l'exploitation se développe vraiment, donnant naissance à de nombreuses forges (farga en catalan). Au cours de nos promenades dans les vallées du Vallespir et du Conflent  nous avons croisé de nombreux lieux-dits "Farga".
  • Ce n'est que bien plus tard que tous les villages du Canigou ont repris les forges romaines et les ont développées selon le type "forge catalane" qui utilise la force hydraulique. Le fonctionnement en est bien expliqué sur wikipédia en suivant ce lien wikipedia.org
  • Les concessions minières se multiplient. La concession minière la plus importante était celle de Batère. Etagée entre 1200m et 1700m elle produisait un minerai de bonne qualité exploité dans les forges artisanales éparpillées dans la vallée. 

Entrée des mines de Batère

En 1898, la société des mines de Batère est constituée. elle sera active pendant une centaine d'années produisant 75 000 tonnes de fer. C'est pendant cette période que sont construits des bâtiments d'accueil des ouvriers, cantine, école, etc dont les ruines sont encore largement visibles. 

 

Le transport des minerais jusqu'aux forges se faisait à dos d'homme ou de mulet. il fallut attendre 1900 et l'inauguration du transporteur aérien du minerai vers Arles sur Tech où seront installés deux grands fours à grillage (toujours visibles)

L'extraction, au coeur de Canigou, obligea à creuser un tunnel long de 1200 m pour aller au plus près du filon. Il servait de route aux camions pour transporter le minerai jusqu'au transporteur aérien qui approvisionnait les fours d'Arles sur Tech.

  • A cette époque les ouvriers venaient d'Espagne bien sûr mais aussi d'Italie et de Grèce. La vallée était prospère.
  • Mais est arrivée l'heure de la concentration des entreprises et avec elle la prise de décision centralisée des groupes métallurgistes qui ont conclu que les mines étaient trop coûteuses  Le minerai fût acheminé vers Decazzeville.
  • Et finalement la mine fût fermée le premier décembre 1987. 

Les engins sont restés sur place, rouillant au fil des années mais semblant dire, "nous résistons, nous sommes prêts...". Qui aura le courage de faire revivre ces mines, en rendant le travail moins pénible bien sûr , pour cesser d'importer du bout du monde des tonnes de minerai ou d'acier polluant notre planète?

Il est intéressant de flâner dans ces ruines en pensant à ces hommes qui ont travaillé là pendant deux millénaires.  Il reste à Arles des objets réalisés en fer du Canigou comme la croix qui se dresse au centre du cloître de l'Abbaye d'Arles la "creu del gra", la croix du grain et dont la tige  enserre une boule de fer prisonnière et qui date du XIVème siècle.

Merci de votre visite et passez une belle journée ici ou là...

Retour à l'accueil